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Automne 2018 (Volume 28, numéro 3)

Pratique en rhumatologie des deux côtés de l’océan

par Brandusa Florica, M.D., Ph. D., FRCPC

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Lorsque je réfléchis à mon passé et que je compare les deux périodes de ma vie, je me rends compte que ce n’est possible qu’au travers du prisme de mon expérience et de ma façon de penser actuelle. Il y a de cela quelques années, j’étais très heureuse d’entreprendre un programme de résidence en rhumatologie, puis de pratiquer en tant que rhumatologue lorsque j’ai terminé mes études universitaires en médecine en Roumanie. Avant de me diriger en rhumatologie, j’avais le choix d’opter pour un programme de chirurgie (pour lequel je ne sentais aucune vocation) ou pour un poste d’omnipraticienne dans une région éloignée du pays, qui ne donnait qu’un accès minimal à quelque outil de recherche ou option thérapeutique que ce soit. Mon intérêt pour la rhumatologie est lié à mon penchant pour le travail d’enquête ainsi qu’à la nécessité de tirer une satisfaction professionnelle de l’aide offerte à ceux qui souffrent, de même qu’à mon premier mentor en médecine, qui fut pour moi un grand modèle personnel et professionnel.

Comment décrire mon expérience de rhumatologue en Roumanie? Il y avait, comme vous vous en doutez sûrement, beaucoup de similitudes et de différences par rapport au travail au Canada. J’étais entourée de nombreux rhumatologues enthousiastes, qui possédaient de très bonnes connaissances et une vaste expérience en pratique clinique. J’ai travaillé avec des patients à l’hôpital et en consultation externe dans une clinique située dans ce même milieu hospitalier. Les pathologies étaient semblables : il y avait de nombreux patients atteints de polyarthrite rhumatoïde, de spondylarthrite inflammatoire et d’arthrose, mais nous voyions aussi d’autres cas parmi tout l’éventail des maladies rhumatismales. J’avais l’impression que les patients roumains souffraient d’une forme plus grave d’arthrite inflammatoire occasionnant de nombreuses invalidités et affectant davantage leur qualité de vie. Ces observations découlent cependant d’une expérience dans un centre spécialisé de troisième ligne qui remonte à il y a 10 ans, époque à laquelle les diagnostics précoces et les nouvelles options thérapeutiques étaient relativement moins accessibles. Pays d’Europe de l’Est, la Roumanie possédait un système de santé relativement pauvre, de sorte que les outils diagnostiques étaient limités. L’aspect positif de cet état des choses, c’est qu’il a motivé les médecins à devenir plus attentifs lors des examens cliniques et à mettre au point des compétences cliniques utiles. J’ai toujours admiré la capacité de mes professeurs à diagnostiquer une affection uniquement en fonction d’un examen clinique détaillé et d’une revue ciblée des antécédents.

Groupe de rhumatologie, dirigé par la professeure Rodica Chireac, à l'Université de médecine et de pharmacie de Iași, Roumanie, en 2002.

Contrairement à une pratique fondée principalement sur la réalisation habile de consultations avec le patient et d’examens physiques, la pratique en rhumatologie que j’ai observée au Canada fait plus fréquemment appel aux données de recherche disponibles. Il s’agit d’une pratique orientée par les demandes des patients et la nécessité de documenter les résultats expérimentaux en lien avec des critères d’admissibilité en matière diagnostique ou thérapeutique imposés par les régimes d’assurance offerts par des organismes gouvernementaux et non gouvernementaux. Cela n’accorde au médecin qu’une liberté partielle au chapitre de la créativité et de l’adaptation de la pratique aux cas spécifiques des patients; cela ne lui permet pas non plus de relever des défis relativement à ses compétences diagnostiques ou d’essayer différentes options thérapeutiques. Autrement dit, il y avait plus de possibilités de pratiquer une médecine de type « cowboy » en Roumanie. Bien sûr, chacun de ces deux types de pratique présente des avantages et des inconvénients. Le diagnostic et le traitement normalisés d’une affection médicale fondée sur des guides de pratique représentent une manière beaucoup plus sûre de pratiquer la médecine.

La relation médecin-patient constitue une autre différence entre la pratique de la rhumatologie au Canada et celle pratiquée en Roumanie. L’interaction entre le patient atteint d’une maladie chronique et le rhumatologue est fondée sur le respect et la confiance, peu importe où l’on se trouve dans le monde. Toutefois, au Canada, l’interaction initiale entre le patient et le rhumatologue fait plus souvent l’objet d’un examen critique de la part du patient. Le médecin peut ainsi être considéré comme un simple fournisseur de services et, selon le point de vue du patient, ce dernier est parfois même sous-qualifié par rapport au « Dr Google ». Il faut de bonnes compétences et beaucoup de temps pour établir une relation reposant sur la confiance, ce qui est très avantageux pour offrir un traitement efficace. En Roumanie, le médecin est habituellement perçu comme une personne hautement compétente qui est à même de prendre les meilleures décisions pour le patient et de lui fournir les meilleurs conseils dans son domaine d’expertise. Sa compétence n’est pas remise en question par le patient. Il s’agit d’une approche paternaliste plus traditionnelle à la relation entre le patient et le médecin.

D’un autre côté, le médecin canadien a l’avantage d’être exposé à une diversité de maladies rhumatismales et à des attitudes culturelles différentes face aux maladies. Pour être en mesure de saisir la signification réelle des différents comportements des patients, il faut en apprendre davantage sur les différentes cultures et coutumes spécifiques des patients. Je n’oublierai jamais la fois où j’ai été stupéfait par la réaction d’un de mes patients à qui j’ai dû annoncer une mauvaise nouvelle. Il s’agissait d’une personne âgée originaire de Chine qui a souri continuellement au cours de notre entretien, malgré le fait que je lui ai annoncé qu’il était atteint d’une maladie en phase terminale. J’ai d’abord pensé qu’il n’avait pas compris mon message. J’ai compris plus tard que, dans sa culture, une personne fière ne doit pas laisser transparaître ses véritables sentiments sur son visage.

En dépit de certaines différences en matière de pratique de la médecine dans différentes régions du monde, la vraie récompense pour un rhumatologue, c’est d’être valorisé par ses patients pour l’amélioration qu’il apporte à leur qualité de vie. Je me souviens avec joie d’une lettre de remerciement que j’ai reçue d’une patiente roumaine après une période de traitement contre la polyarthrite rhumatoïde. Elle était très heureuse de pouvoir écrire de nouveau à l’aide de la main dont elle avait récupéré l’usage. Les accolades et la joie de mes patients canadiens sont les éléments qui me permettent de passer au travers des longues journées de consultation.

Dans l’ensemble, je me sens bénie et honorée de faire partie de la communauté de rhumatologues professionnels au Canada, ainsi que de partager leur enthousiasme vis-à-vis de notre pratique qui traverse actuellement une période passionnante.

Lors de la Conférence nationale roumaine de rhumatologie de 1996 à Iași.

Brandusa Florica, M.D., Ph. D., FRCPC
Chargée de cours,
Division de rhumatologie,
Faculté de médecine,
Université de Toronto
Rhumatologue,
Trillium Health Centre,
Toronto (Ontario)

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