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Automne 2026 (Volume 36, numéro 3)

L’IA en rhumatologie : pourquoi la littératie des patients est importante

Par Cheryl Koehn, présidente d’Arthritis Consumer Experts, et Kelly Lendvoy, vice-présidente chargée de la communication et des affaires publiques chez Arthritis Consumer Experts

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« Je pense que nous devons être capables de discuter des recommandations de l’IA avec notre professionnel de la santé pour nous assurer qu’elles sont exactes et adaptées aux besoins individuels du patient. »
– Enquête nationale de l’ACE sur l’intelligence artificielle et les soins de l’arthrite, répondante atteinte d’arthrose.

L’intelligence artificielle (IA) transforme la rhumatologie à un rythme sans précédent. Les outils dotés d’IA interprètent désormais les examens d’imagerie à la recherche de signes précoces de maladie, suivent l’activité de la maladie chez les patients entre les consultations, facilitent la rédaction de notes cliniques, répondent aux questions des patients et orientent ces derniers vers les traitements les plus susceptibles de leur convenir1,2.

Les personnes atteintes d’arthrite utilisent des chatbots intégrant l’IA pour mieux comprendre leurs options de traitement et pour faciliter la gestion de leur maladie au quotidien. Cependant, elles souhaitent toujours que leur médecin ou leur spécialiste reste au cœur de la prise de décision partagée. Au milieu de l’engouement entourant l’IA, une question est trop souvent
négligée : les patients sont-ils suffisamment préparés à utiliser ces outils en toute sécurité?

En 2025, Arthritis Consumer Experts (ACE) a réalisé le premier sondage national canadien mené par des patients sur l’IA et les soins de l’arthrite afin de répondre à cette question. Nous nous attendions à de l’hésitation. Nous avons constaté un réel engouement. Les répondants ont exprimé un intérêt marqué pour la façon dont l’IA pourrait soutenir la recherche sur l’arthrite (80 %), les soins personnels (77 %) et la prise de décision en matière de traitement (73 %). Quatre répondants sur cinq (79 %) estimaient également que l’IA pourrait améliorer l’accès aux soins, en particulier dans les collectivités rurales, éloignées, et autres collectivités mal desservies confrontées à une pénurie de spécialistes.

Le sondage a également mis en évidence un écart important entre l’intérêt et l’utilisation. Alors que les répondants se montraient optimistes quant aux avantages potentiels de l’IA, 43 % d’entre eux ont déclaré avoir une connaissance limitée de la façon dont l’IA est actuellement utilisée dans les soins de l’arthrite. L’utilisation réelle d’outils de santé dotés d’IA est restée faible (51 %), et de nombreux participants (67 %) ne savaient pas vraiment comment déterminer si l’information générée par l’IA était fiable.

Des recherches montrent que l’adoption de l’IA générative (telle que ChatGPT) devance les mesures de sensibilisation des patients et de promotion de la littératie en santé3. Les patients utilisent déjà ces outils d’IA pour rechercher de l’information sur l’arthrite, sans ou avec très peu de conseils sur la façon d’évaluer les résultats obtenus. Des études suggèrent que les patients ont tendance à surestimer la fiabilité des réponses médicales générées par l’IA, ce qui augmente le risque de désinformation et de mauvaises décisions en matière de soins de santé4,5.

La confiance est apparue comme un enjeu clé dans les données du sondage de l’ACE. Nous avons constaté que 61 % des répondants se sentaient plus à l’aise avec l’IA lorsque les professionnels de la santé restaient activement impliqués dans la prise de décision et pouvaient passer outre les recommandations de l’IA. En retirant l’humain, le degré de confiance s’effondrait. Des préoccupations concernant l’inexactitude de l’information (67 %), la perte de lien humain (57 %) et la confidentialité des données (53 %) ont été fréquemment soulevées. Ces préoccupations se reflètent dans une étude de 2025 qui a révélé que les patients jugeaient les médecins utilisant l’IA moins dignes de confiance, moins empathiques et moins compétents lorsque le rôle de l’IA n’était pas clairement expliqué, en langage simple, avant que l’outil n’influence les soins prodigués au patient6.

L’équité en santé est ressortie spontanément dans le sondage. Dans leurs réponses ouvertes, les répondants ont demandé si ces systèmes d’IA fonctionneraient aussi bien pour les personnes vivant dans des collectivités rurales et éloignées, pour les peuples autochtones et les groupes issus de minorités, pour les aînés et pour toute personne ayant un niveau moindre de littératie numérique. L’Organisation mondiale de la santé a soulevé la même préoccupation, avertissant que l’IA pourrait soit réduire, soit creuser les inégalités existantes en matière de santé, selon la façon dont ces outils sont conçus et mis en place7.

« Les soins médicaux doivent être axés sur le patient et cet aspect doit être pris en compte lors de l’élaboration du modèle d’IA destiné à évaluer, diagnostiquer et traiter les patients atteints d’arthrite. »
– Enquête nationale de l’ACE sur l’IA et les soins de l’arthrite; répondante atteinte du syndrome de Sjögren et de dermatomyosite.

Les personnes atteintes d’arthrite nous ont fait part de leurs besoins. Bien qu’elles reconnaissent les avantages potentiels de l’IA, elles soulignent systématiquement la nécessité de la précision et d’une supervision humaine. Pour y parvenir, les associations de patients, les rhumatologues et les chercheurs devront collaborer afin de renforcer la littératie en matière d’IA chez les personnes atteintes d’arthrite. La technologie continuera de progresser. La littératie des patients doit évoluer en parallèle. C’est le prochain défi pour la rhumatologie.

Pour plus d’information ou pour nous faire part de vos commentaires, veuillez communiquer avec Cheryl Koehn à l’adresse koehn@jointhealth.org ou avec Kelly Lendvoy à l’adresse lendvoy@jointhealth.org.

Cheryl Koehn
Présidente, Arthritis Consumer Experts

Kelly Lendvoy
Vice-présidente, Communications et affaires publiques, Arthritis Consumer Experts

Références :

1. Sequí-Sabater JM, et coll. Artificial intelligence in rheumatology research. RMD Open. 2025;11:e004309.

2. Bilgin E. Current application, possibilities, and challenges of artificial intelligence in the management of rheumatoid arthritis, axial spondyloarthritis, and psoriatic arthritis. Ther Adv Musculoskelet Dis. 2025;17:1759720X251343579.

3. Wang E, Ye C, et coll. Adoption and perception of large language model-based chatbots in health care among individuals with rheumatic diseases. Rheumatol Adv Pract. 2025;9(3):rkaf083.

4. Wang L, et coll. Prompt engineering in consistency and reliability with evidence-based guidelines for large language models. npj Digital Medicine. 2024;7:41.

5. Johnson D, Goodman R, Patrinely J, et coll. Assessing the accuracy and reliability of AI-generated medical responses. Research Square. 2023.

6. Reis M, Reis F, Kunde W. Public perception of physicians who use artificial intelligence. JAMA Network Open. 2025;8(7):e2521643.

7. World Health Organization. Ethics and Governance of Artificial Intelligence for Health: Guidance on Large Multi-Modal Models. Geneva: World Health Organization; 2025.

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